La mission DART a légèrement modifié l’orbite solaire d’un astéroïde
En septembre 2022, la mission DART (Double Asteroid Redirection Test) de la NASA a marqué une étape majeure pour la défense planétaire. L’objectif était de tester, pour la première fois, la capacité de l’humanité à modifier la trajectoire d’un astéroïde en provoquant l’impact contrôlé d’un engin spatial.
La cible était Dimorphos, un petit astéroïde d’environ 160 mètres de diamètre, satellite de l’astéroïde Didymos (777 m). Le système ne représentait aucun danger pour la Terre, mais constituait un laboratoire idéal pour tester une stratégie de déviation.
Le 26 septembre 2022, la sonde DART s’est écrasée sur Dimorphos à 22 500 km/h. L’impact a dépassé les attentes : l’orbite de Dimorphos autour de Didymos a été raccourcie de 33 minutes, alors que les scientifiques espéraient seulement 73 secondes. Cette efficacité s’explique par l’importante éjection de débris, qui a agi comme une poussée supplémentaire, comparable à un effet de propulsion.
Une étude publiée en mars 2024 dans Science Advances montre aujourd’hui une conséquence inattendue : l’impact a également légèrement modifié l’orbite du système Didymos autour du Soleil. C’est la première fois que l’activité humaine modifie directement la trajectoire solaire d’un astéroïde.
Ces résultats reposent sur des observations extrêmement précises, notamment grâce à la technique des occultations stellaires, qui consiste à mesurer la lumière d’une étoile lorsqu’un astéroïde passe devant elle. Plusieurs campagnes d’observation ont permis de détecter un ralentissement d’environ 35,5 km/h dans la trajectoire du système.
Les chercheurs de l’Observatoire de la Côte d’Azur (OCA) ont joué un rôle majeur dans ces mesures de haute précision, en contribuant à l’analyse dynamique du système et à l’interprétation des données d’occultation. Ces travaux illustrent l’expertise de l’OCA dans l’étude des orbites d’astéroïdes et de la mécanique céleste, domaines essentiels pour la défense planétaire.
Le changement orbital reste toutefois infime et les calculs montrent qu’aucun scénario de collision avec la Terre n’est envisageable.
Les observations ont également permis de mieux comprendre la structure interne des deux astéroïdes. Dimorphos apparaît comme un amas de débris faiblement cohésifs, avec une densité proche de celle de l’eau, tandis que Didymos est plus compact et dense.
Ces informations sont cruciales pour les futures stratégies de déviation d’astéroïdes. Selon leur structure, certains objets pourraient se fragmenter sous l’impact, tandis que d’autres nécessiteraient des interventions plus énergétiques.
La mission DART ouvre ainsi une nouvelle ère pour la défense planétaire expérimentale. Elle sera bientôt complétée par la mission européenne Hera, qui doit rejoindre le système Didymos afin d’étudier en détail les effets de l’impact et les débris laissés par la collision.
Crédit photo : Nasa